Chapô
À l’After Foot, Leonardo a parlé comme rarement : sans filtre, sans diplomatie, sans chercher l’effet tweet. Juste un ancien patron du sportif qui regarde son œuvre… et les fissures dans le béton.
Retour dans les coulisses du “nouveau monde” parisien
Quand le Qatar achète le PSG en 2011, Leonardo débarque comme l’architecte en costume blanc sur un chantier où tout doit être reconstruit : les fondations, les murs porteurs, la toiture, et même la déco intérieure. Thiago Silva, Ibrahimović, Verratti, Motta : il compose l’ossature d’un club qui veut passer de loft en périph’ à penthouse Champs-Élysées.
Puis, en 2019, on le rappelle pour “remettre de l’ordre”. Traduction : éteindre l’incendie, réorganiser les tuyaux, installer un vestiaire qui ne sonne plus comme une boîte de nuit un dimanche matin. Sauf qu’entre-temps, le PSG est devenu un monstre médiatique, une usine à pression perpétuelle, un cabinet de ministres où chaque mot finit au 20h.
Dix ans plus tard, Leonardo en parle avec le calme d’un homme qui a rendu les clés du camion mais qui connaît encore le bruit du moteur. Et dans l’After Foot, il déroule un bilan sans langue de bois, un truc assez rare pour un type qui a longtemps parlé comme un directeur sportif sous NDA éternel.
Verratti, Mbappé : deux dossiers, mille vies, quelques regrets
Leonardo commence par Verratti. Son “fils”, sa trouvaille, son rendez-vous hebdomadaire avec l’élégance. Il le rappelle : « Marco, ça a été un joueur énorme ». Pas un compliment jeté au hasard, mais un constat clinique. Verratti, c’était le cœur battant du projet QSI, le joueur qui transformait la sortie de balle en poésie contemporaine.
Puis il balance le truc que personne n’avait jamais vraiment osé dire : « Peut-être qu’au bout de cinq ans, il aurait dû rejoindre un club encore plus grand. »
Traduction : Paris a fait de Verratti un prince, mais peut-être qu’il aurait pu devenir empereur ailleurs. Une façon à peine voilée de dire que le milieu italien s’est parfois perdu dans la pression, les attentes, l’environnement. Pas un gâchis — « jamais » insiste Leonardo — mais une trajectoire qui aurait pu être différente dans un autre décor. Comme un acteur génial qui reste trop longtemps dans la même série.
Puis vient Mbappé. Et là, pas de conditionnel diplomatique :
« Il voulait partir. Il devait partir parce qu’il voulait partir. Moi, je suis comme ça : s’il veut partir, il part. »
On dirait une phrase sortie d’un film de gangster brésilien : simple, directe, définitive. Pour Leonardo, l’été 2021 aurait dû se terminer par un “merci pour tout” et un vol pour Madrid. La prolongation de 2022 ? Un compromis qu’il n’a jamais digéré, un “accord impossible” qui a figé les rôles, crispé les rapports et rendu son propre travail irréconciliable avec la stratégie prend-la-pose du club.
Il ne le dit pas clairement, mais on comprend : ce soir-là, Paris a décidé d’être une monarchie absolue autour d’un joueur. Et lui n’est pas né pour être le majordome.
Le spectre de 2013 : suspension, démission et un goût d’inachevé
Leonardo évoque ensuite cet épisode devenu mythe local : le 27 mai 2013, son épaule rencontre l’arbitre Alexandre Castro, version “accrochage involontaire selon la défense”. Résultat : neuf mois de suspension et un choix brutal. Il démissionne.
Douze ans après, il l’avoue : erreur.
« J’aurais dû rester, subir ma punition et continuer au club. »
On dirait la confession d’un joueur qui revoit son penalty raté en finale. On y lit l’amertume du bâtisseur contraint de regarder la maison qu’il a conçue… depuis la rue. Leonardo a vu le PSG grandir sans lui, devenir milliardaire, tomber, se relever, toujours sans lui. De quoi laisser une brûlure douce, celle des gens qui se sentent faits pour un rôle qu’on leur a enlevé trop tôt.
Thiago Motta, le coach qui n’a jamais pu naître à Paris
Dernier regret : Thiago Motta.
Le cerveau du milieu, l’homme qui voyait le foot en 4D, le type dont les passes semblaient envoyées par GPS italien. « Je lui ai beaucoup parlé et je pense que ce serait génial », dit Leonardo.
Entre lignes : Motta coach du PSG, c’était son plan A, son fantasme footballistique, la cohérence absolue. Un disciple de l’école Barça, un stratège à la Guardiola, un homme du vestiaire parisien, polyglotte affectif. L’homme parfait pour donner une âme tactique au PSG.
Mais l’histoire ne s’est pas écrite. Pas de timing, pas de fenêtre, pas d’alignement des planètes. Par contre, il prend soin de préciser : « Je ne mets pas Luis Enrique dehors. » Pas fou. On touche là à la diplomatie version After Foot.
Ce que ça dit du PSG, du pouvoir et de la vérité qu’on dit trop tard
Au fond, ce passage radio de Leonardo raconte plus que son propre CV. Il dit quelque chose du PSG, club où tout va trop vite, trop fort, trop haut. Où l’erreur coûte une réputation, où la réussite dure un match et où le récit se réécrit sans cesse.
Leonardo n’est pas amer. Il est lucide. Son regard d’aujourd’hui, c’est celui d’un homme qui a aimé ce club au point d’en oublier parfois qu’il n’était qu’un salarié. À Paris, on ne construit jamais vraiment : on ajuste, on s’adapte, on survit. Même pour un architecte.
Sa parole tardive ressemble aux confessions d’un capitaine qui n’a jamais quitté totalement le navire. Il sait ce qui a marché. Il sait ce qui aurait dû changer. Et il sait que, dans ce club, personne n’a jamais réellement les pleins pouvoirs, même quand on croit tenir le crayon.
Leonardo parle enfin, comme si le PSG n’était plus un employeur mais un chapitre de vie. Ses regrets, ses intuitions, ses vérités tardives : tout raconte la complexité d’un club qui avale les hommes et digère les héros. Mais dans l’histoire du PSG moderne, il restera celui qui a dessiné les premières lignes du projet — même si, aujourd’hui, il avoue qu’il aurait repassé quelques coups de gomme.